Il ne passera pas par moi
Ce devait être en 1986, 1987. Luc Montagnier qui avait découvert le virus du sida 3 ans plus tôt venait en voisin lorsqu'il venait à la fondation Mérieux faire des conférences. On ne parlait que de ça. Des fantasmes de punition divine étaient invoqués autour de cette maladie honteuse qui faisait les délices des grenouilles de bénitier. Elles trouvaient là, tout comme les vieux réacs de l'extreme droite traditionnelle qui ne voyaient que d'un oeil, un bon moyen de jeter l'anathème sur les sodomites et les dépravés qui l'avaient contractée.
Ils étaient arrivés tous les deux, librement en couple. L'un des deux portait sur lui les traces d'une maladie non authentifiée, et aussitôt suspectée. Chauve, peau laiteuse et transparente comme de l'opale bleutée, pour moi il ne s'agissait rien d'autre que d'une chimio. Le lendemain, dans le cahier de consignes de la Direction à la Gouvernante, on pouvait lire en rouge et souligné : " Attention dans la chambre 22. Bien nettoyer le tout à fond. N'avoir aucun contact direct avec le linge souillé. Mettre des gants en caoutchouc. Laver les draps et les serviettes de toilettes à part, javelliser et bouillir. Désinfecter à fond les sanitaires et la salle de bains à la javel, ainsi que la télécommande de la télé et de la clim. Clients suspects."
J'avoue avoir été un peu outré devant cette consigne moyenageuse. Et je n'ai pas pu m'empêcher de rajouter sous ces mêmes lignes "Procéder de même dans la chambre du Ministre de l'Intérieur". [Monsieur Pasqua était de passage aussi ce soir-là]
Cela m'a valu mon premier avertissement.
Comments