Karma..vie, c'est un manège
Ah, l'Inde! Merveilleuse et fascinante. Troublante, ensorcelante et mystérieuse. Nous avions comparé, lors de notre retour, ce grand bain dans le sous-continent à une collision frontale entre la culture occidentale et orientale. Il est ma foi vrai qu'il est difficile d'appréhender une culture pareille sans laisser un peu de soi. Tous les voyageurs reviennent avec la même impression, mais souvent aussi les mêmes mots.
Comment vous dire pour vous faire comprendre: Lorsque nous sommes éduqués à une culture, intégrés à une société, formatés en somme, tout agissement qui s'ordonne dans la ligne tracée des convenances s'inscrit dans la normalité et passe donc inévitablement inaperçu, puisque "normal".... Sortez de là et tout s'effondre: essayez de péter à la table de l'ambassadeur par exemple, pour voir. L'Inde c'est un peu pareil, tout ce que vous y voyez, y vivez en tant qu'occidental vous ramène forcément à des questions sur vous-même.
Trois exemples hardcore pour imager le propos:
Fraternité : Les mendiants mendient, c'est leur karma, pas de pot, mais ils s'en foutent, la prochaine vie sera meilleure. Quel européen pourrait se résigner à une telle fatalité? Et pourtant, après 15 jours de mendiants pendus à vos basques, vous arrivez à les dédaigner aussi bien que les castes supérieures et à les éloigner d'un soufflet, comme le pet chez l'Ambassadeur!
Egalité: Tumulte dans les dédales du palais d'Udaïpur, c'est le Maharadja qui se pointe avec son troupeau de bodygards! Ecartez-vous manants, baissez la tête marauds, prosternez-vous faquins et vénérez le Grand, l'immense maitre du Palais d'Udaïpur, et surtout ne levez pas votre regard impur de petit blanc sur Maharana Mahendra Singh "ne me regarde pas tu m'salis", " eh ben casse-toi alors, casse-toi pauvre c.."
Reflexivité: Varanasi. C'est là que l'ultime tabou sera franchi. C'est le soir sur les Ghats le long du Gange sacré. Dans la pénombre entre chien et loup, nous nous balladons dans les brumes fantômatiques du crépuscule, à l'heure de l'apéro, avec une petite faim naissante. Hum! Elle m'avait bien plu cette petite fumerolle avec son odeur appétissante de travers de porc caramélisé... jusqu'à ce que je réalise que mon réflexe de Pavlov était déclenché par l'aîné de la famille qui était en train d'allumer Mémé pour son dernier voyage. Berk!
Depuis, j'ai entamé une thérapie avec le Docteur Hannibal Lecter, qui a signé entre autre un excellent ouvrage sur "les recettes avec mes amis" et avec qui nous partageons parfois quelques banquets. Chez lui, souvent je ne suis pas dans mon assiette. C'est mieux ainsi, je crois....
Comments