Chaque année qui passe, je ne me lasse pas de voir défiler ces deux mois, et, lors du passage de l'un à l'autre, observer la différence sensible entre les deux clientèles qui en sont représentatives de chacun. Une étude comportementale a-t-elle déjà été réalisée pour signifier ces deux modes de fonctionnement si différents que sont ces échantillons du juilletiste et de l'aoûtien? L'observation permanente me conforte chaque jour davantage dans mes idées sur le sujet. L'hypercontemplation me permettra peut être un jour d'intégrer une équipe de profilers touristiques.........
Rassurez-vous, je ne vais pas faire un état des lieux qui pourrait vous être déplaisant car j'ai 50% de chance que vous soyez d'un groupe, et 50% de chance que vous soyez de l'autre. Et faire de lieux communs des généralités n'est pas toujours de bon aloi. Cependant il ressort systématiquement que l'aoutien est moins sympathique que le juilletiste. Avec comme piste principale que le juilletiste choisit ses dates de vacances, alors que l'aoûtien, en raison des fermetures d'été, "subit" des vacances "forcées". Il ne s'agirait également pas des mêmes classes sociales. Mais dans la catégorie 4*, peut-il y avoir une hiérarchisation par l'argent? Il semblerait que oui. On peut distinguer qu'il y a le client qui à les moyens et ne discute pas - il est dans son propre milieu et donc forcément à l'aise (le juilletiste) et celui qui fait le choix de privilégier sa propre représentation dans un espace social où il peut se mettre en scène afin d'être "vu" tout en ayant des efforts à faire pour y parvenir financièrement (l'aoûtien). Le juilletiste est plutot décontracté, l'aoûtien plutôt snob. Mais en contrepartie le juilletiste peut être beaucoup plus demandeur et accapareur en services et en temps. L'aoûtien lui est plus focalisé sur les biens, la qualité de la chambre, les prix et les avantages, style gratuités, offerts, etc.
Exemple :
Toute l'année nous vendons les mêmes chambres, dans trois catégories principales et de février à Décembre il n'y a en principe pas de problèmes. Les clients sont contents. Mais voilà que août arrive:
- Voilà votre chambre Monsieur, avec une belle vue sur le lac.
- Mais, il est hors de question que je reste ici, je veux une autre chambre. Celle-ci donne sur le couloir.
- ?
- J'ai une chambre de luxe disponible si vous voulez?
- certainement, puis-je la voir?
en aparté avec le bagagiste [ mets le client dans le bon sens dans la chambre, sinon il va encore donner sur un couloir!].......
Exemple N° 2
- Voilà votre chambre Monsieur, avec une belle vue sur le lac.
- Elle ne me plait pas. Avez-vous autre chose?
On essaye de satisfaire Madame en surclassant.
- celle-ci ne me plait pas non plus. Non je crois que nous allons partir sur Genève chercher quelque chose de plus luxueux.
- Je peux vous proposer une très belle suite avec magnifique vue.
- non je crois que nous allons aller sur Genève chercher quelque chose de plus luxueux.
- Vous ne souhaitez pas voir cette suite avant?
- non je crois que nous allons aller sur Geneve........trouver quelque chose de plus luxueux.
Crise de (mauvaise) foi puisque le client nous rappella dans la soirée de l'Hôtel Formule 1 Ferney Voltaire, car il avait oublié dans sa chambre lors de la visite, les billets d'avion pour son départ le lendemain matin......
Vous aurez pu constater, chers lecteurs réguliers, que mon métier me confronte souvent à tous les cas de figures et que si Balzac ne l'avait déjà fait, j'aurais volontiers pour le sujet qui va suivre, réécris la comédie humaine. Bien sur, j'ai encore tendance à dire que plus rien ne m'étonne et pourtant ce lundi dernier....j'ai encore réussi à l'être, ce qui me prédit encore quelques années de labeur dans la joie et la bonne humeur.
Le contact avait été pris la veille déjà et il fallait deux chambres entre le 19 et le 21 août. En principe pour appuyer sa requête, le client "lambda" demande "Que pouvez-vous me proposer?" Mais pas ce matin là. Etions-nous en présence d'un mégalomaniaque, ou d'un VIP en pleine crise de peopolisation, d'un candidat de télé-réalité à l'égo surdimensionné, d'un Prince, d'un roi, de Paris Hilton, de Dieu?!!.........
Voilà par email ce que le client demandait :
(je le laisse en anglais – vous êtes tous anglophones – une traduction française peut être disponible sur demande)
Guest 1: Monsieur X - Lake view
Room Requirement:
§ Minibar to be emptied from alcoholic beverages, chocolates, nuts, chips etc. and stocked with non-alcoholic refreshments ONLY
§ Two bottles of still water (1 litre each) Evian each day
§ Club Executive level (if applicable)
§ One fruit basket each day, with fresh figs as first choice
§ Herald Tribune + Financial Times newspapers each day
§ King size bed
§ Shower (no bathtub required)
§ In room internet (preferably wireless)
§ Noise proof room (double glazing etc)
§ DVD player
§ Sunny room with windows when possible
§ Black out curtains
§ Away from the elevator
§ STRICTLY NO CONNECTING DOORS TO THE ROOM
§ Preferred room flooring: Marble or parquet (Carpet is acceptable, but to ensure it is very clean)
§ Preferred floor level: Any floor between 5th. And 20th
Guest 2: Madame X - with Lake view
Vous pouvez comme moi constater que cette fois, c'est Monsieur le capricieux, car Madame ne demande rien de spécial à part une vue lac. Précision importante: la demande émane des Emirats Arabes Unis. Faut-il y voir un lien de cause à effet?
Hier, les contraintes de travail m'ont fait partager mon repas d'avant-service avec notre nouveau barman. Antoine est d'origine tahitienne élevé à Monaco. Charmant, beau phrasé, avenant. Evidemment la conversation est venue sur le highlight du moment, à savoir la fête du lac. Il me demandait des détails. Je lui expliquait donc son origine; cette fête organisée lors du rattachement de la Savoie à la France pour Napoléon III et l'impératrice Eugénie. Puis le thème de l'année, les voyages de Marco Polo et la magnificence attendue de ces feux prétendus les plus beaux d'Europe.
"En revanche" ajoutais-je, "la contrepartie de cet évènement est une catastrophe écologique annoncée et c'est bien lamentable"
"ah bon! pourquoi?"
"parce que les feux sont tirés depuis le niveau de l'eau, voire sous l'eau, et les explosions assomment des milliers de poissons chaque année dans la baie d'Albigny. D'ailleurs les annéciens qui le savent se lèvent très tôt et les premiers sur place à l'aube viennent cueillir les ombles qui flottent le ventre en l'air. Ceux qui arrivent plus tard ramassent les féras..."
"Et ceux qui arrivent les derniers, la petite friture!"
"Exactement!"
"Oh oui, trop cool! dimanche matin je me lève et je vais ramasser les ombles"
Mon poisson, bien que non d'avril était ferré.
Si vous voyez demain matin, au petit jour, un tahitien sur une barque dans la baie d'Albigny, dites-lui qu'il est arrivé trop tard, que tout a déjà été ramassé. Moi, je ferai la grasse matinée, je suis en congé!