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...QU'Y SONT BONS!
16 heures. On avait attendu depuis longtemps cette rencontre fantasmée avec le travail de la star pâtissière du moment à savoir Michalak! Direction rue Montaigne et nous nous sommes donc présentés au Plaza pour nous en mettre plein la lampe. Passé le tourniquet nous avons pointé le bout du nez vers le lobby où d'un coup d'oeil de professionnel je répérais la table de trois personnes qui se libérait et qui n'attendait plus que nous. La politesse nous inspirat d'attendre d'être placés par l'hôtesse, qui nous scanna de haut en bas, et jugeant sur notre mine, nous opposât une fin de non recevoir! vit-elle en nous des curieux envahissants plutot que des clients potentiels ou fût-ce délit de sale gueule-fringues-look avéré? Ben merde alors! Elle qui ne ressemblait à rien d'autre que la bonne phillipine de la baronne de Rothschild! j'ai tourné les talons Louboutin (on voit que ça Avenue Montaigne; des hérons russes sur Louboutin!) et on est partis rue Royale, où la noblesse nous convient mieux au teint!
Et nous nous sommes réconfortés chez Ladurée. Institutionnel, mythique et amidonné dans son décor grand siècle. Grand bien nous en a pris! Il faut dire que je me sens à l'aise partout et que je me retrouve aussi bien dans le cristal-argenterie et dentelles cocotte, que dans le high tec glacial et conceptuel. Ce qui ne peut qu'élargir le spectre de mes satisfactions. Nul besoin de mettre leurs patisseries dans des écrins de verres avec habillage de lumière pour faire croire que leur dernière collection est un joyau. Les bijous sont dans l'assiette. Et je ne parle pas que des fameux macarons. Mais de la litanie de pâtisseries évoquée dans la carte (un vrai livret en fait).
Pendant ce temps là, dans la salle, une Tatie Danielle fait faire des allers-retours injustifiés au serveur qui reste stoïque, un mère blonde et restée mince malgré ses maternités prend en photo ses triplés qui se tapissent les lèvres de miettes de pain au chocolat, des américains assis sur un manche à balai, contemplent interloqués le manège des parisiens. Kamel Ouali entre triomphant dans le salon. Il a un sac à main à gauche et l'Iphone collé à l'oreille à droite. Il est escorté d'un minet blond qui a un Iphone collé à l'oreille. Ils s'attablent l'Iphone à l'oreille, commandent, mangent l'Iphone à l'oreille. Et partent l'Iphone à l'oreille. Ils n'ont même pas consommé....à l'oeil!
C'est chouette ses petits moments d'échanges et de convivialité parisienne!
Cédric Marechal, l'aimable Dir de salle de William Ledeuil me confirme que le condiment confit utilisé pour le lieu jaune est bien un cédrat appelé "Main de Bouddha" dont l'aspect tentaculaire ne doit pas rebuter tant la douceur mi-orangée mi-citronnée est délicate.
Il me confirme également que des travaux seront menés très prochainement pour pallier au joyeux désordre des échos des dineurs qui s'entrechoquent. A bientôt!
...Et à celle et ceux qui me demandent pourquoi nous continuons à accueillir malgré tout ce charmant jeune couple je réponds qu'effectivement à ce jour, nous n'avons pas osé....les envoyer chier!
Monsieur et Madame Mithieux est un charmant couple de jeunes alsaciens. Ils ont découvert la maison un peu par hasard et s'y sont sentis tout de suite très bien. D'ailleurs leur cardex au départ de leur premier passage mentionnait "gentil jeune couple venu pour les randos. Sont partis faire la Tournette. Amoureux." Voilà ce qu'ils avaient inspiré à la Maitresse de maison.
En parallèle, la gouvernante était venue nous signaler au départ un "accident" qui devait immobiliser la chambre, le temps de nettoyer le matelas. Monsieur avait -il trop fait rire Madame? Ou Monsieur était-il un prostatique précoce?
Au deuxième passage le cardex disait: "toujours ici pour se faire plaisir. Partent même en rando sous la pluie. Toujours aussi amoureux". Cette tendance à apprécier l'humidité aurait du nous mettre la pice (pardon du lapsus! la puce à l'oreille....
Au départ la gouvernante était consternée et venait très en colère à la réception nous faire savoir que l'accident n'en était pas un et qu'une partie de paintball aux fluides corporels avait de nouveau recommencé, rendant la chambre indisponible. Sur le cardex on pouvait lire "au prochain passage, prévoir les alèzes!"
Et hier, le téléphone sonne pour réserver une chambre le 6 décembre prochain. "Nous sommes déjà venus et nous aimerions la même chambre que la dernière fois, c'est important pour nous". "Et votre nom?" "Monsieur Mithieux".
Craignant que nos clients prennent des habitudes et se sentent vraiment à l'aise, nous allons être contraints de sortir les notres (d'alèzes)!!!!!
Gouvernante!
Voilà une fois de plus cette années les touristes japonais sont élus meilleurs clients étrangers selon une enquête commandée par le site Expedia. Les clichés sont confortés. Les touristes japonais sont discrets, polis, respectueux des coutumes du pays dans lequel ils séjournent, et sont curieux de tout… Rien à dire, les Japonais sont les champions du savoir-voyager en Europe ! Visiteurs de rêve, ils cumulent les bons points auprès des hôteliers et remportent, loin devant toutes les autres nationalités.
Les vacanciers japonais sont donc accueillis à bras ouverts par l’ensemble du corps hôtelier et représentent un véritable modèle. Leur comportement est exemplaire, ils laissent en effet les chambres plus propres qu’avant leur arrivée (les gouvernantes leur disent merci) et s’adaptent sans problème aux coutumes et traditions locales ( la fondue le 15 aout en plein cagnard - oups!). C’est avant tout une leçon d’humilité et de savoir-vivre que nos amis du Pays du Soleil Levant nous offrent sur un plateau d’argent.
De plus le japonais sait faire preuve de gratitude d'une façon plus inattendue que le traditionnel pourboire. C'est ainsi que j'ai reçu de mains d'opaline le témoignage de leur reconnaissance suivant :
il s'agissait bien dans notre énigme de bonbons japonais au goût beaucoup moins interessant que la présentation et la confection d'orfèvre confiseur!
Arigato!
Elle était monégasque, oisive, roulait en Bentley, promenait son cul, non pas sur les remparts de Varsovie, mais à Gstaad en hiver et à Porto Cervo en été, puis venait se mettre au frais en septembre à Talloires. Avec son vieux mari qu'elle aimait très cher, et une copine qui s'offrait au regard de Monsieur et à la langue de Madame.
Je les entendait l'autre jour caqueter toutes les deux devant la vitrine Chopard du hall de l'hôtel: "Je ne sais pas si j'aimerais une montre comme ça. Même si j'étais riche".....
Une ébauche de la théorie de la "relativité"?
Chaque année qui passe, je ne me lasse pas de voir défiler ces deux mois, et, lors du passage de l'un à l'autre, observer la différence sensible entre les deux clientèles qui en sont représentatives de chacun. Une étude comportementale a-t-elle déjà été réalisée pour signifier ces deux modes de fonctionnement si différents que sont ces échantillons du juilletiste et de l'aoûtien? L'observation permanente me conforte chaque jour davantage dans mes idées sur le sujet. L'hypercontemplation me permettra peut être un jour d'intégrer une équipe de profilers touristiques.........
Rassurez-vous, je ne vais pas faire un état des lieux qui pourrait vous être déplaisant car j'ai 50% de chance que vous soyez d'un groupe, et 50% de chance que vous soyez de l'autre. Et faire de lieux communs des généralités n'est pas toujours de bon aloi. Cependant il ressort systématiquement que l'aoutien est moins sympathique que le juilletiste. Avec comme piste principale que le juilletiste choisit ses dates de vacances, alors que l'aoûtien, en raison des fermetures d'été, "subit" des vacances "forcées". Il ne s'agirait également pas des mêmes classes sociales. Mais dans la catégorie 4*, peut-il y avoir une hiérarchisation par l'argent? Il semblerait que oui. On peut distinguer qu'il y a le client qui à les moyens et ne discute pas - il est dans son propre milieu et donc forcément à l'aise (le juilletiste) et celui qui fait le choix de privilégier sa propre représentation dans un espace social où il peut se mettre en scène afin d'être "vu" tout en ayant des efforts à faire pour y parvenir financièrement (l'aoûtien). Le juilletiste est plutot décontracté, l'aoûtien plutôt snob. Mais en contrepartie le juilletiste peut être beaucoup plus demandeur et accapareur en services et en temps. L'aoûtien lui est plus focalisé sur les biens, la qualité de la chambre, les prix et les avantages, style gratuités, offerts, etc.
Exemple :
Toute l'année nous vendons les mêmes chambres, dans trois catégories principales et de février à Décembre il n'y a en principe pas de problèmes. Les clients sont contents. Mais voilà que août arrive:
- Voilà votre chambre Monsieur, avec une belle vue sur le lac.
- Mais, il est hors de question que je reste ici, je veux une autre chambre. Celle-ci donne sur le couloir.
- ?
- J'ai une chambre de luxe disponible si vous voulez?
- certainement, puis-je la voir?
en aparté avec le bagagiste [ mets le client dans le bon sens dans la chambre, sinon il va encore donner sur un couloir!].......
Exemple N° 2
- Voilà votre chambre Monsieur, avec une belle vue sur le lac.
- Elle ne me plait pas. Avez-vous autre chose?
On essaye de satisfaire Madame en surclassant.
- celle-ci ne me plait pas non plus. Non je crois que nous allons partir sur Genève chercher quelque chose de plus luxueux.
- Je peux vous proposer une très belle suite avec magnifique vue.
- non je crois que nous allons aller sur Genève chercher quelque chose de plus luxueux.
- Vous ne souhaitez pas voir cette suite avant?
- non je crois que nous allons aller sur Geneve........trouver quelque chose de plus luxueux.
Crise de (mauvaise) foi puisque le client nous rappella dans la soirée de l'Hôtel Formule 1 Ferney Voltaire, car il avait oublié dans sa chambre lors de la visite, les billets d'avion pour son départ le lendemain matin......
Vous aurez pu constater, chers lecteurs réguliers, que mon métier me confronte souvent à tous les cas de figures et que si Balzac ne l'avait déjà fait, j'aurais volontiers pour le sujet qui va suivre, réécris la comédie humaine. Bien sur, j'ai encore tendance à dire que plus rien ne m'étonne et pourtant ce lundi dernier....j'ai encore réussi à l'être, ce qui me prédit encore quelques années de labeur dans la joie et la bonne humeur.
Le contact avait été pris la veille déjà et il fallait deux chambres entre le 19 et le 21 août. En principe pour appuyer sa requête, le client "lambda" demande "Que pouvez-vous me proposer?" Mais pas ce matin là. Etions-nous en présence d'un mégalomaniaque, ou d'un VIP en pleine crise de peopolisation, d'un candidat de télé-réalité à l'égo surdimensionné, d'un Prince, d'un roi, de Paris Hilton, de Dieu?!!.........
Voilà par email ce que le client demandait :
(je le laisse en anglais – vous êtes tous anglophones – une traduction française peut être disponible sur demande)
Guest 1: Monsieur X - Lake view
Room Requirement:
§ Minibar to be emptied from alcoholic beverages, chocolates, nuts, chips etc. and stocked with non-alcoholic refreshments ONLY
§ Two bottles of still water (1 litre each) Evian each day
§ Club Executive level (if applicable)
§ One fruit basket each day, with fresh figs as first choice
§ Herald Tribune + Financial Times newspapers each day
§ King size bed
§ Shower (no bathtub required)
§ In room internet (preferably wireless)
§ Noise proof room (double glazing etc)
§ DVD player
§ Sunny room with windows when possible
§ Black out curtains
§ Away from the elevator
§ STRICTLY NO CONNECTING DOORS TO THE ROOM
§ Preferred room flooring: Marble or parquet (Carpet is acceptable, but to ensure it is very clean)
§ Preferred floor level: Any floor between 5th. And 20th
Guest 2: Madame X - with Lake view
Vous pouvez comme moi constater que cette fois, c'est Monsieur le capricieux, car Madame ne demande rien de spécial à part une vue lac. Précision importante: la demande émane des Emirats Arabes Unis. Faut-il y voir un lien de cause à effet?
Hier, les contraintes de travail m'ont fait partager mon repas d'avant-service avec notre nouveau barman. Antoine est d'origine tahitienne élevé à Monaco. Charmant, beau phrasé, avenant. Evidemment la conversation est venue sur le highlight du moment, à savoir la fête du lac. Il me demandait des détails. Je lui expliquait donc son origine; cette fête organisée lors du rattachement de la Savoie à la France pour Napoléon III et l'impératrice Eugénie. Puis le thème de l'année, les voyages de Marco Polo et la magnificence attendue de ces feux prétendus les plus beaux d'Europe.
"En revanche" ajoutais-je, "la contrepartie de cet évènement est une catastrophe écologique annoncée et c'est bien lamentable"
"ah bon! pourquoi?"
"parce que les feux sont tirés depuis le niveau de l'eau, voire sous l'eau, et les explosions assomment des milliers de poissons chaque année dans la baie d'Albigny. D'ailleurs les annéciens qui le savent se lèvent très tôt et les premiers sur place à l'aube viennent cueillir les ombles qui flottent le ventre en l'air. Ceux qui arrivent plus tard ramassent les féras..."
"Et ceux qui arrivent les derniers, la petite friture!"
"Exactement!"
"Oh oui, trop cool! dimanche matin je me lève et je vais ramasser les ombles"
Mon poisson, bien que non d'avril était ferré.
Si vous voyez demain matin, au petit jour, un tahitien sur une barque dans la baie d'Albigny, dites-lui qu'il est arrivé trop tard, que tout a déjà été ramassé. Moi, je ferai la grasse matinée, je suis en congé!
La saison avait commencé et battait son plein. L'activité était soutenue, les demandes diverses et variées, le passage des clients ininterrompu à la réception, le téléphone en surchauffe, et à la veille de ce 14 juillet, on était déjà au coeur de l'été, la tête dans le guidon, cette année encore plus que d'habitude. Quand le téléphone sonna une fois de plus.
- [annonce commerciale habituelle], bonjour!
- bonjour, est-ce qu'il vous reste de la place pour le réveillon du 31 décembre?
- ???????????????