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...Et à celle et ceux qui me demandent pourquoi nous continuons à accueillir malgré tout ce charmant jeune couple je réponds qu'effectivement à ce jour, nous n'avons pas osé....les envoyer chier!
Monsieur et Madame Mithieux est un charmant couple de jeunes alsaciens. Ils ont découvert la maison un peu par hasard et s'y sont sentis tout de suite très bien. D'ailleurs leur cardex au départ de leur premier passage mentionnait "gentil jeune couple venu pour les randos. Sont partis faire la Tournette. Amoureux." Voilà ce qu'ils avaient inspiré à la Maitresse de maison.
En parallèle, la gouvernante était venue nous signaler au départ un "accident" qui devait immobiliser la chambre, le temps de nettoyer le matelas. Monsieur avait -il trop fait rire Madame? Ou Monsieur était-il un prostatique précoce?
Au deuxième passage le cardex disait: "toujours ici pour se faire plaisir. Partent même en rando sous la pluie. Toujours aussi amoureux". Cette tendance à apprécier l'humidité aurait du nous mettre la pice (pardon du lapsus! la puce à l'oreille....
Au départ la gouvernante était consternée et venait très en colère à la réception nous faire savoir que l'accident n'en était pas un et qu'une partie de paintball aux fluides corporels avait de nouveau recommencé, rendant la chambre indisponible. Sur le cardex on pouvait lire "au prochain passage, prévoir les alèzes!"
Et hier, le téléphone sonne pour réserver une chambre le 6 décembre prochain. "Nous sommes déjà venus et nous aimerions la même chambre que la dernière fois, c'est important pour nous". "Et votre nom?" "Monsieur Mithieux".
Craignant que nos clients prennent des habitudes et se sentent vraiment à l'aise, nous allons être contraints de sortir les notres (d'alèzes)!!!!!
Gouvernante!
Célestin le chef de rang était toujours pressé. Le moindre de ses mouvements accusait la brusquerie. Il faut préciser que les culs de bouteille qui lui servaient de lunettes ne faisait qu'accentuer le flou artistique dans lequel il plaçait ses évolutions. A force de démoulages répétés sur les décolletés, de chocs frontaux avec les guéridons et bousculades de collègues dans la très guindée salle de restaurant, les patrons avaient dû se résigner à le reclasser. Pour ne pas le virer purement et simplement on le fit monter dans les étages au lieu de le faire monter dans la hiérarchie, là où on le jugeait plus à sa place. On pretexta la compassion, mais l'arrangement n'était pas loin car sa très efficace moitié Simone, Chef de réception était également le bras droit de la patronne dont elle ne se serait pas séparée pour tout l'or du monde.
En perdant un ministère au restaurant, Célestin gagna un royaume dans les étages et se mit à régner sur sa cour de femmes de chambres. Avec sa gueule cabossée, ses cratères frontaux, lointains souvenirs de chocs violents, il avait néanmoins réussi à s'attirer les faveurs de Marie-Thérèse la montagnarde, austère et silencieuse Baujue, originaire de Lécheraines, patrie du cyclamen.
Un soir où j'avais eu besoin de serviettes, j'avais traversé la cour pour rejoindre la lingerie. Elle était plongée dans le noir et je cherchais à taton la lumière. Quand les néons s'éclairèrent, mon Célestin était en train de donner un coup de canif dans le contrat avec la Marie Thèrése entre deux piles de drap propres.
Célestin comprit très vite qu'il pouvait bénéficier de la complicité masculine pour ma discrétion, et en toute confiance, sa sympathie me fût d'emblée acquise.
En revanche, à partir de ce jour, la très pieuse Marie Thérèse n'osa plus croiser mon regard jusqu'à sa retraite, tiraillée entre la honte de ce que la morale réprouve et la satisfaction de ce que le bon sens recommande.