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Je vous avais déjà parlé de Madame Von Klopp. Si! celle qui fumait trop et qui avait fini par se faire rattraper par son cancer et que son mari avait dispersée sur la plage.
Monsieur et Madame Von Klopp était un couple qui s'était marié sur le tard. Sans doute parce qu'ils étaient trop moches tout les deux et que personne n'en avait voulu. Lui était grand avec des yeux globuleux, parlait du nez, avait une coupe de cheveux très personnelle - le genre paillasson permanenté - un air de ne pas avoir inventé la poudre à couper l'eau chaude. Il me faisait penser aux Barios, ces clowns de la piste aux étoiles qui étaient toujours accompagnés par une magnifique blonde.
Elle, Madame Von Klop, évoquait le retour de la Shoah, décharnée avec une voix sépulcrale de cigarette, une taille minuscule qui ne permettait pas de la voir quand elle passait devant la réception car elle ne dépassait pas le comptoir, si ce n'est le nuage de nicotine et de goudrons qui la poursuivait. Ils étaient habillés de la dernière collection d'Emmaüs, ternes et insipides, mais ce qu'ils ne pouvaient pas cacher, c'est qu'ils étaient profondément amoureux.
C'est donc complètement désorienté, que Monsieur Von Klop était venu semer au vent les cendres de Madame, dans cet endroit qu'elle aimait tant.
Et puis le temps à a fait son oeuvre. Nous n'avons pas vu Monsieur Von Klopp pendant deux ans, puis un beau jour de Pentecôte il s'annonça. Le cabriolet sport aux quatre anneaux avait fait place au break Volvo, Monsieur Von Klopp avait fait un passage chez le coiffeur, petites lunettes de soleil top tendance, chemisette Dolce Gabbana et Jean Gucci à la place des Culs de bouteille, des cotonnades rapiécées et des sacs à patates. Monsieur Von Klopp avait gagné dix ans sans passer par un plasturgiste. De la place du passager, sortit une très belle blonde, le genre de celle qui accompagnait les barios! Juste retour des choses.
Il était venu m'expliquer comme pour s'excuser que malgré ce qu'il avait vécu avec Madame Von Klopp, il ne pouvait rester tout seul. Et comme tout le monde le sait il vaut mieux être bien accompagné que seul! Juste retour des choses!
Je les voyais déjeuner sur la terrasse, et je ne pouvais m'empêcher de penser aux cendres de Madame Von Klopp dispersées dans le parc 30 mètres plus loin. Les mêmes cendres aspirées par la tondeuse lors de la tonte de la pelouse. L'herbe fraichement tondue et les cendres balancées dans le composteur. Puis le compost répandu dans le jardin aromatique. Et finalement les fines herbes dans la salade de Monsieur Von Klopp et sa nouvelle Barbie. Juste retour des choses!...
Le lièvre se manifeste tout particulièrement au printemps, sa saison des amours. Il est également associé aux valeurs du monde souterrain. Il est symbole de fécondité, animal fétiche de la déesse du printemps Ostara.
Enfin, il a une signification chrétienne : en effet, le Christ est parfois symbolisé par un lièvre, ouvrant toutes grandes ses oreilles, pour écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique. ???? [l'éléphant n'eût-il pas été plus approprié pour la symbolique, plutôt que ce serial fucker de lagomorphe?, NDLR]
En Allemgane et en suisse, les œufs de Pâques sont apportés par le lièvre de Pâques (Osterhase). [Les cigognes, sont elles, occupées à apporter les enfants en France, et la Marmotte plie le chocolat dans le papier d'alu dans les Alpes..NDLR]
Chocolats et diverses décorations souvent en forme de lapin ornent ainsi les boutiques et les appartements.
Tu vois, mon lapin?...
"Tu me garderas une suite pour le 4 mai, la plus belle" m'avait demandé en chuchotant comme on garde un secret le Dir. de l'époque. "C’est pour Juan Ripolles qui vient dans la région et que nous recevrons" avait-il soufflé cérémonieusement, le doigt levé en l'air et les yeux fermés dans un signe de respect total. "Et c'est qui, ce Ripolliesse?" avais-je risqué. "Mais enfin mon pauvre garçon, tes lacunes culturelles sont abyssales (en plus il trouvait que j'avais des habits sales!) Il s'agit du plus grand peintre moderne catalan vivant". Si vous le dites.
Pourtant mes tentatives d'accession à l'art moderne avaient été diverses et variées. Des trois musées Guggenheim du monde, j'en avais déjà vu deux. Bilbao venait d'ouvrir et ce que je croyais être des travaux non terminés étaient en fait des oeuvres d'art. Des attroupements de fidèles s'extasiaient devant une toile monochrome bleue: "cet IKB de la première période, une merveille" " et il est où, le dessin?" J'aurais fais caca par terre que les initiés ne m'auraient pas plus dédaigné. Et puis j'ai essayé d'avoir une approche plus abstraite du concret. Au Macba et la fondation Tapiès de Barcelone, où les lits sont accrochés au mur pour mieux pouvoir dormir debout. Ca ne donnait toujours rien. Ma vision foutagedegueulistique de l'art moderne me rendait hermétique à la dégustation, ou la compréhension des oeuvres. J'ai donc inversé pour voir si il m'était plus facile de voir du concret dans l'abstrait. Au Moma à New York avec les boites de soupe Campbell de Warhol. Là déjà, ça m'interpelle un peu plus. Si aujourd’hui je peux authentifier des Schnabel, Garouste, Soulage, Haring, Koons, Combas, Buren, Tapiès, Gilbert & Georges, ma culture artistique restait néanmoins, « abyssale » !
Bien sur me direz-vous, (prendre le ton artistocratique pour pérorer)« les artistes sont parfois un peu farfelus et leur message, en voulant élargir le concept à un enjeu socio-générationnel et à une envie de brocarder les métaphores existentielles, est un voyage intemporel de leur esprit, aboutissement d’un processus de maturation engagé par eux-mêmes dans le cosmos métaphysique des doryphores ectoplasmiques et fabuleux. Ce qui est mort, c’est la logique de fusion-communion avec l’image où prédomine la déstructuration-restructuration du concept artistique prenant un tout nouveau sens lorsque leurs trajectoires formelles et narratives sont ainsi modifiées. Tout ce qui semblait devenu banal à force de répétition reprend une force peu commune lorsque l’interprétation personnelle change. Ma c’est géniâââââââââl, merde !». Bla bla bla…….L’absolu en tâches de peinture grasses sur une toile de lin tendu, une planche de parquet foutu, un happening bien vu. Bref j’avais compris que je pouvais faire de l’art moderne, mais toujours pas le comprendre.
C’est donc dans cet état d’esprit confusionnel que j’ai raté l’arrivée du Maître, n’étant pas de service ce soir là. Mais, le lendemain vers 10 heures, j’allais avoir mon apparition à moi, comme Bernadette Scoubidou ou Paco Baranne. Le grand Maître des Escargots traversa à vive allure ma réception dans un grand effet de voiles pour aller prendre son petit dej’ en terrasse où l’attendaient ses adorateurs en posture d’indéfectible respect, comme les lapins avec les yeux dans les phares. Une immense émotion pure était enfin née par l’art moderne : j’étais mort de rire!