7 posts tagged “voyages”
....Incroyable mais vrai! Le reblochon est un liquide!
Il n'est pas de vrai savoyard qui ne se déplace en voyage sans emporter avec lui une part identitaire de son territoire, à savoir: du reblochon. Lorsque nous sommes partis dans les iles dernièrement nous avions pris soin d'emballer sous vide les précieuses victuailles destinées aux ripailles de la Saint Sylvestre.
Or voilà qu'à la sécurité aéroportuaire helvétique, et en vertu des nouvelles consignes de sécurité en vigueur depuis 2 ans, après visite de notre glacière à trésors, on accepta sans problème le foie gras, les chocolats, le beaufort, mais pas le reblochon.
"Ah non Monsieur, ça va pas jouer, ou bien? Soite vous réenregistrez pour le faire partir en soute, soite nous devons le détruire, ou bien?"
"Et pourquoi?"
"Et bien regardez sur la liste Monsieur, le reblochon est un liquide mou, ou bien?"
...et les petits suisses sur ta g....., c'est du liquide mou......Ou bien?
...Lorsque nous sommes partis à la recherche du restaurant dans le vieux port de la Canée, que le taxi a emprunté des ruelles obscures pour finalement nous déposer, nous avons tout d'abord cru à une plaisanterie faite à des touristes trop crédules.
Le restaurant est installé là, à ciel ouvert, entre les murs délabrés d'une ancienne tannerie désaffectée. Les fils électriques tendus soutiennent des abat-jour staliniens et les ampoules suspendues vacillent à la brise du soir comme les flammèches d'une bougie mourante. Des tables rustiques à l'âge improbable sont plantées dans le sable. Des chaises dépareillées sont calées de chaque côté dans un désordre peut être volontaire. Les nappes vichy bleues rappellent la mer qui vient jusqu'à nos pieds. On ne la voit pas dans la lividité de la lumière mais elle est bien là. On l'entend. On la sent aussi avec ses remugles d'algues décomposées sur les roches noires. L'endroit rappelle des films réalistes italiens d’après guerre à la Risi, où la misère servait de décor.
Mais que l'on ne s'y trompe pas. Nous sommes ce soir dans ce que l'on nous a indiqué comme le meilleur restaurant de Crète. La clientèle est presque unanimement locale. Elle donne l’impression que le passage chez le coiffeur est du jour, a mis ses plus beaux atours, s’est rasée de près, a sorti les bijoux de familles et veut donner le meilleur d’elle-même au regard des autres. Les tables se remplissent et se vident. La file d’attente s’allonge et le tintamarre s’amplifie joyeusement à la mode méditerranéenne.
Les serveurs ne servent à rien d’autre qu’à servir et n’ont pas le temps de parler. Ils font valser à chaque passage leurs plateaux qui nous envoient des rafales de fumets de grillades, des effluves de poissons et des senteurs herbacées qui se mélangent à l’odeur iodée de la mer toute proche. L’un d’eux évoque la Grèce antique par la beauté de sa jeunesse et son profil parfaitement dessiné. Ses mouvements de grande noblesse lui donnent dans ses positions une allure sculpturale qui réveille chez certaines des envies coupables d’avancer la main pour caresser sa nuque splendide. Il dépose sur notre table un poulpe à la sauce au vinaigre, et des calamars grillés à la cuisson précise. Le premier est aussi fondant que les deuxièmes sont tendres. Les goûts sont très parfumés et apportent une sensation que rien ne s’est perdu entre le produit et l’assiette. L’extrême naturel d’une dorade grillée arrosée d’huile d’olive de Crète et d’un filet de citron frais inspire une impression de perfection dans la simplicité, j’ai envie de dire…de vérité.
J’aime ces restaurants instinctifs où l’ambiance vraie se crée d’elle-même, où l’endroit fait le décor et non le contraire. J’aime ces restaurants où tout le décorum est supprimé pour ne se concentrer que sur l’essentiel qui est dans l’assiette. Et je repense à Michelin qui leur avait prédit un avenir dans son guide il y a quelques années….
Le Tahlassino Ageri, à Xhania en Crète rejoint mon Panthéon de ces restaurants, comme l’Auberge d’Arcangues, la Pinte des Mossettes de Judith Baumann, et la Ferme de Lormay d’Albert Bonamy.
"Heureux qui comme Ulysse
a fait un beau voyage,
n'a pas eu a subir le supplice
de cet étrange breuvage!"
Une immersion en Grèce ne peut pas être totale sans l'expérience de la Restina. La Retsina est un vin blanc ou rosé élaboré à partir de cépage savatiano auquel on a ajouté de la résine de pin au cours de la fermentation. La résine stabilise le vin et lui permet de résister à la chaleur. On attribue cette manipulation à des pratiques anciennes qui consistaient à enduire l'intérieur des amphores de résine pour les étanchéïfier. Puis l'ajout de la résine serait resté par habitude gustative. Il faut boire ce vin très frais. Il est vrai que la première gorgée décontenance un peu et fait voler en éclats les références oenologiques collectionnées jusque là. On peut admettre qu'il s'agisse bien de vin grâce aux deux références visuelles principales : la bouteille et le verre! Quant au goût il faut aller chercher un peu plus loin. Les arômes très particuliers de résine de pin vampirisent tout ersatz de molécules de fruits qu'on aurait bien aimé y trouver. Mais bon, servi bien frais sous une treille de vigne, avec le petit vent qui va bien, celui qui fait danser les champs d'oliviers argentés bien alignés sous le regard, qui transporte le parfum des figuiers et le bruit du clapotis de la mer Egée, ça peut le faire.
En revanche je ne tenterai pas la mise en situation dans une métropole, allongé dans un sofa en cuir Roset, dans un appart' design avec des verres en Baccarat. Je ne trouverais à ce vin qu'un goût pharmaceutique de Saint Marc ménage au pin des Landes et j'aurais peur qu'il attaque mes verres en cristal!
C’est dimanche à Cantho dans le delta du Mékong, Vietnam. Les villages sur pilotis s’apaisent dans la lumière du soir. La mangrove est caressée par les ondes des derniers bateaux qui passent. L’image est magnifique. Il y a un peu plus de trente ans les américains ont déversé leur funeste agent orange sur toute la végétation luxuriante pour l’éclaircir et débusquer les vietcongs. Ils s’y cachaient là pour élever les crevettes nécessaires à leur subsistance. La pourriture des plantes décimées a servi de nourriture aux crustacées qui ont fini par proliférer. C’est comme ça que l’agent orange est passé dans la chaîne alimentaire et n’en finit plus de contaminer les générations successives. Je ne l’ai remarqué qu’après qu’il eut quitté notre table. Le petit mendiant marchait sur les mains. Je veux dire par là par là qu’il avait deux bras à la place des jambes.
C’est dimanche à Jaisalmer, aux portes du Désert du Thar, en Inde. Sur nos chameaux qui tanguent nous admirons le disque solaire qui flamboie. S’approchent du loin trois femmes et deux gamines en sari de soies polychromes, avec une impressionnante pile de récipients de laiton en équilibre sur leurs têtes. Ce sont les porteuses d’eau du désert. L’image est magnifique dans le soleil couchant. Il leur aura fallu cinq heures de marches pour que nous buvions en deux gorgées le délicieux chaï que nous offrent leurs maris.
Cinq puits ont déjà été forés grâce à l’association ASSS* et fonctionnent. Ils servent à l’irrigation des cultures nouvelles pour nourrir les villageois et pour les repas scolaires de leurs enfants. La construction de l’école servira aussi à l’alphabétisation des parents. C’est dimanche et c’est jour de repos à Gorguel, Sahel, Burkina Faso. La désertification recule doucement. Les gens semblent un peu plus détendus. Les enfants jouent et leurs sourires sont rayonnants. L’image est magnifique.
Si vous venez les attendre dimanche prochain vers 17 heures vous pourrez les voir. Tous les dimanches c'est pareil. Le taxi brinquebalant descend la route du port et débarque ses occupants devant la boutique. Ils sont entassés comme dans une boite de sardines et l'on a envie de louer la pugnacité du chauffeur que l'on imagine aisément en train de les faire rentrer dans son habitacle avec un chausse-pieds. Ils sont tous en surcharge pondérale.
C'est leur jour de congé, c'est relâche aujourd'hui alors ils descendent de la montagne. Quand le chauffeur les pose devant la boutique qui regorge de gâteaux appétissants, qui dégoulinent de sucre, de crème Chantilly ou de crème au beurre, ils se comportent comme des drogués qui viennent faire le plein de méthadone à la pharmacie de garde le dimanche. Ce sont les curistes de Brides le Bains. Six jours sur sept, ils payent pour maigrir, et le septième, n'y tenant plus de la carotte à l'anglaise et du poireau à la vapeur, ils viennent compenser leur frustration. L’image est pathétique.
Si vous pensez comme moi que payer pour maigrir est une aberration, qu’il suffit simplement de manger moins…et ainsi destiner l’argent économisé pour une utilisation plus…noble,
vous pouvez cliquer sur ce lien http://www.amitiesavoiesahel.org/
Ah, l'Inde! Merveilleuse et fascinante. Troublante, ensorcelante et mystérieuse. Nous avions comparé, lors de notre retour, ce grand bain dans le sous-continent à une collision frontale entre la culture occidentale et orientale. Il est ma foi vrai qu'il est difficile d'appréhender une culture pareille sans laisser un peu de soi. Tous les voyageurs reviennent avec la même impression, mais souvent aussi les mêmes mots.
Comment vous dire pour vous faire comprendre: Lorsque nous sommes éduqués à une culture, intégrés à une société, formatés en somme, tout agissement qui s'ordonne dans la ligne tracée des convenances s'inscrit dans la normalité et passe donc inévitablement inaperçu, puisque "normal".... Sortez de là et tout s'effondre: essayez de péter à la table de l'ambassadeur par exemple, pour voir. L'Inde c'est un peu pareil, tout ce que vous y voyez, y vivez en tant qu'occidental vous ramène forcément à des questions sur vous-même.
Trois exemples hardcore pour imager le propos:
Fraternité : Les mendiants mendient, c'est leur karma, pas de pot, mais ils s'en foutent, la prochaine vie sera meilleure. Quel européen pourrait se résigner à une telle fatalité? Et pourtant, après 15 jours de mendiants pendus à vos basques, vous arrivez à les dédaigner aussi bien que les castes supérieures et à les éloigner d'un soufflet, comme le pet chez l'Ambassadeur!
Egalité: Tumulte dans les dédales du palais d'Udaïpur, c'est le Maharadja qui se pointe avec son troupeau de bodygards! Ecartez-vous manants, baissez la tête marauds, prosternez-vous faquins et vénérez le Grand, l'immense maitre du Palais d'Udaïpur, et surtout ne levez pas votre regard impur de petit blanc sur Maharana Mahendra Singh "ne me regarde pas tu m'salis", " eh ben casse-toi alors, casse-toi pauvre c.."
Reflexivité: Varanasi. C'est là que l'ultime tabou sera franchi. C'est le soir sur les Ghats le long du Gange sacré. Dans la pénombre entre chien et loup, nous nous balladons dans les brumes fantômatiques du crépuscule, à l'heure de l'apéro, avec une petite faim naissante. Hum! Elle m'avait bien plu cette petite fumerolle avec son odeur appétissante de travers de porc caramélisé... jusqu'à ce que je réalise que mon réflexe de Pavlov était déclenché par l'aîné de la famille qui était en train d'allumer Mémé pour son dernier voyage. Berk!
Depuis, j'ai entamé une thérapie avec le Docteur Hannibal Lecter, qui a signé entre autre un excellent ouvrage sur "les recettes avec mes amis" et avec qui nous partageons parfois quelques banquets. Chez lui, souvent je ne suis pas dans mon assiette. C'est mieux ainsi, je crois....
Je dois bien l'avouer, j'ai moi aussi mon petit travers: je suis fétichiste de la rose. Pas tant la fleur en tant que végétal, sur un pied ou dans un vase, mais son parfum et son arôme. Particulièrement celui de ces roses anciennes pourpres, que l'on arrive à trouver encore dans certains vieux jardins. Ce parfum m'envoûte. Et je l'avais oublié jusqu'à ce que, il y a quelques années j'ai franchi la porte de chez Hermé! Il appelait ça un "ispahan". Quand j'ai mangé ce macaron, c'est la scène d'Anton Ego dans Ratatouille qui s'est rejouée. Je suis d'une génération où les enfants préféraient porter à leur institutrice pour leur anniversaire un modeste bouquet de roses cueillies dans le jardin de ses parents plutôt qu'un coup de couteau. C'est ce bouquet que j'avais en bouche. Et depuis je ne peux plus m'en passer.
Déclinée chez les parfumeurs Lutens avec "Sa Majesté la rose" ou Guerlain avec "Rose Barbare" c'est malgré tout en arôme que je peux la savourer le plus égoïstement. Dernièrement l’ « Atelier des Chefs » proposait un Tiramisu à la rose que j’ai fait « at home ». Pas mal du tout ! Pour la gastronomie, Frédéric Poitou signe un arôme qui s’approche de ma recherche personnelle, même si l’effet me parait plus proche de la rose de Damas.
Finalement, je l’ai trouvé mon Graal…sur les routes de l’Inde au Rajasthan, à Pushkar. C’est une ville sainte connue pour son festival du chameau et ses roses. Ils confectionnent à partir des saintes fleurs du confit appelé Gulkand dont il usent et abusent en lassi, infusion ayurvédiques et autres. C’est exactement le parfum de ces roses anciennes que nous avons perdu ici en occident.
J’ai bien essayé d’en commander là où je l’avais trouvé mais il n’est pas possible de passer une commande de moins de cent kilos ! Diantre ! J’aurai épuisé mon dernier stock dans l’année, y aurait-il 198 personnes qui voudraient en commander avec moi ?
Dalat - Vietnam : Au pied de la montagne de Langlian il y a le village des Minorités Lat que nous traversons avec Carol, Sujette de sa Gracieuse Majesté et...prof d'accordéon à Bangkok. Leï qui nous guide, nous apprend que les autochtones qui habitent le village sont des intégristes qui ont assimilé leur religion des esprits à la chrétienté! Ils ont également des moeurs bizarres (ah! ces minorités!) D'après lui les femmes enceintes auraient des envies coprophages, et mieux encore auraient souvent du mal à résister à dévorer les toits de chaume de leurs maisons ( ça ne s'invente pas!) Nous ce qui nous inspire, c'est le fumet qui nous vient au nez et qui s'exhale d'une cheminée. Les effluves nous ramènent tout droit à nos appétences. Il est l'heure de manger. Parfait nous dit Leï, il s'agit bien d'un restaurant...Où l'on ne sert que du chien
- "Hot Dog?" dira Carol avec cet air d'un lévrier afghan à qui l'on a osé présenter de la viande avariée...ah, l'humour anglais!.....